Enregistrement – Reginaldo Louis-Jeune – Penser la Révolution haïtienne

– Penser la Révolution haïtienne, avec Reginaldo Louis-Jeune –

fichier audio : https://archive.org/details/consequences-haiti-louis-jeune

Première révolution anticolonialiste de l’Histoire, la Révolution haïtienne (1791-1804) est probablement l’un des événements politiques les plus importants de ces derniers siècles. Ce mouvement d’émancipation des esclaves et des mulâtres de Saint-Domingue, qui créèrent en 1804 la République d’Haïti, est en même temps la première abolition de l’esclavage en Amérique, obtenu par la lutte des esclaves eux-mêmes. Cette révolution a été bien trop souvent assimilée à un simple décalque de la Révolution française. Or, d’une part elle apparaît un peu avant l’apogée de la révolution en France (la victoire des Jacobins, puis l’apparition des Enragés en 1792-1793) par une dynamique qui lui est propre et intrinsèquement haïtienne (la cérémonie vaudoue du Bois-Caïman), mais d’autre part elle ne doit son existence qu’à sa victoire sur la contre-révolution bonapartiste et l’armée française. Que des esclaves, par la seule force de leur courage, aient triomphé dans une colonie de la contre-révolution qui s’imposait alors dans le pays colonisateur explique sûrement le peu d’attention que la Révolution haïtienne a pu obtenir en France, où le Ier Empire fait encore figure de sommet de l’Histoire de ce pays, et où Napoléon Ier est encore vénéré comme un génie politique.

Réginaldo Louis-Jeune, doctorant en Science politique à Paris, et militant haïtien, revient sur la multiplicité de ce mouvement, son histoire, ses dynamiques de classe, et son lien immédiat avec la culture populaire haïtienne, notamment avec le Vaudou. Nous avons donc ensuite discuté avec lui des enseignements de cette révolution pour notre époque.

Enregistrement de la séance avec Sina Badiei: La révolution iranienne de 1979: pourquoi être matérialiste ne suffit plus?

lien vers le fichier audio: https://archive.org/details/consequences-sinabadiei

La révolution iranienne constitue, pour plusieurs raisons, un des épisodes historiques les plus ignorés de l’histoire contemporaine mondiale. Cette attitude peut être expliquée à deux niveaux : sur le plan économique, l’Iran post-revolutionaire peut être considéré comme un échec considérable en ceci que même si après la révolution les inégalités économiques se sont réduites, durant les 25 dernières années elles se sont maintenus à un niveau très élevé. Sur le plan politique, le régime politique établi après la révolution est une théocratie largement autoritaire dont il est difficile de saisir quelque chose d’historiquement significatif pour la lutte émancipatrice de l’humanité.
Il s’agira cependant de montrer que si cette révolution a pour l’instant échoué à faire émerger une politique nouvelle, elle constitue un échec bien plus significatif et important que les échecs de deux autres événements politiques importants du 20éme siècle : là révolution russe et la révolution culturelle chinoise. Cet exposé essayera de montrer que la singularité de cet échec ne peut être saisie que par une analyse du capitalisme non seulement sous le prisme de la critique de la propriété privée, mais aussi sous celui du matérialisme particulier qui le sous-tend.

Enregistrement de la séance avec Eric Fournier: de quoi la Commune est-elle la fin? (12 octobre 2017)

https://archive.org/details/consequences-commune-fournier

 

texte en format word:

Commune.conséquences.texte.

 

citations qui accompagnent le texte en format word:

doc.commune.conséquences.

12 octobre 2017, Ecole Normale Supérieure, 45 rue d’Ulm, salle Cavaillès (1er étage, aile sud du bâtiment principal – escalier au bout du couloir à droite en entrant). 19h.

La séance sera l’occasion d’ouvrir un cycle d’étude sur l’histoire et la morphologie des violences révolutionnaires à l’époque contemporaine – cycle qui couvrira une dizaine de séances au cours de l’année, dont chacune prendra appui sur des séquences politiques qui ont renouvelé les formes, usages et stratégies de la violence populaire.

Nous nous intéresserons d’abord aux premiers moments de la formation de la classe ouvrière européenne, les dernières années du XVIIIe siècle et les premières du XIXe siècle, qui donnent lieu à un mouvement de contestation répété et diffus de la part des sujets de l’artisanat dépérissant et des premières victimes de la libéralisation des échanges. Emeutes frumentaires, bris de machines et combats de rue figurent notamment parmi les moyens d’action privilégiés de cette séquence, dont nous proposerons dans un premier temps une synthèse.

La deuxième partie de la séance fera place à une intervention sur la Commune, chant du cygne de ce cycle de luttes, par Eric Fournier, intitulée « De quoi la Commune est-elle la fin ? »

Eric Fournier est maître de conférences à l’université Pars 1, spécialiste de l’histoire culturelle et sociale du XIXe siècle. Il est notamment l’auteur de « La Commune n’est pas morte « . Les usages politiques du passé de 1871 à nos jours (Libertalia, 2013).

Enregistrement de la Séance avec Luisina Bolla: Marxisme et Féminisme en dialogue (26 octobre 2017)

https://archive.org/details/consequences-bolla

Marxisme et Féminismes en Dialogues. Relectures critiques autour de la division sexuelle du travail
Par Luisina Bolla

Depuis l’émergence du marxisme comme projet économique et politique, et corrélativement à sa construction théorique, différentes féministes sont venues interrompre le discours hégemonique qui invisibilisait l’oppression et le travail des femmes. Parmi elles figurent notamment Alexandra Kollontai, Clara Zetkin, et avant que n’apparaisse le courant marxiste, Flora Tristan, qui formulait une critique pionnière de l’idée d’un prolétariat homogène. Depuis la deuxième partie du XX siècle, beaucoup de théoriciennes féministes ont repris – chacune à leur facon – cet héritage critique. L’objectif n’est pas de restituer toute l’histoire de ce champ, ponctué de malentendus et d’alliances, mais de revenir sur quelques unes des fractures fondamentales qui structurent les discussions autour de la possible articulation entre marxisme et féminisme. C’est dans cette perspective que nous analyserons les apports – et éventuelles limites – de féministes matérialistes et marxistes dans leur questionnement critique du marxisme orthodoxe.

Enregistrement de la Séance avec Alain Badiou: La politique à distance de l’Etat (7 juin 2017)

https://archive.org/details/consequences-badiou

Cette séance de Séminaire s’est tenue au Beaux-Arts à Paris le 7 juin 2017. Nous avons invité Alain Badiou pour parler de l’organisation politique à distance de l’Etat. Le texte écrit et modifié a ensuite été publié dans l’ouvrage Je vous sais si nombreux chez Fayard à l’automne 2017, qui réunit deux conférences d’A. Badiou.
Voici l’enregistrement de la séance, avec la discussion, et le texte de présentation ci-dessous.

A notre demande, l’exposé portera sur des problématiques précises qui traversent son oeuvre depuis plusieurs années et dont l’approfondissement nous semble essentiel, y compris pour le devenir de nos luttes et de nos pratiques militantes. Si le paradigme léniniste du parti d’avant-garde est aujourd’hui périmé, comment pouvons-nous penser de nouvelles formes d’organisation, à distance de l’État, tout en maintenant la nécessité stratégique d’un renversement du pouvoir fondamental de la propriété privée ? Si toute politique commence par une soustraction originaire à l’égard de la sphère représentative, quel est le réel de son inscription dans des lieux, des espaces, capables d’activer au présent le dépérissement de l’État ? Et quelles sont alors les modalités de la contrainte (et de la violence) pour autant qu’il s’agit de défendre le lieu ouvert par l’intervention collective, de forcer l’État, de le soumettre aux prescriptions populaires ? Comment passer de l’unité négative, circonstancielle, qui est nécessairement celle des mouvements sociaux à une unité affirmative de longue durée, apte à porter une dynamique révolutionnaire au-delà de la seule temporalité émeutière ? Quelle nouvelle définition de la victoire peut-on donner aujourd’hui, qui ne soit pas soumise à l’attraction fatale du pouvoir institutionnel ? Alain Badiou abordera également de manière critique la tentation, aujourd’hui répandue, d’un abandon pur et simple de la politique, d’une posture de retrait qui aurait pour effet de dissoudre l’action collective organisée dans la simple expérimentation éthique. Il défendra au contraire la perspective d’une nécessaire renaissance de la politique d’émancipation, radicalement hétérogène par rapport au cadre de la gestion parlementaire, et apte à engager une transformation effective et irréversible de la situation d’ensemble.

Autant de questions dont nous espérons que cette séance (ainsi que le moment de discussion ouverte qui l’accompagnera) permettra de dégager quelques éléments de réponse, quelques pistes d’orientation.

Alessandro Stella – Années de rêves et de plomb

Alessandro Stella, militant de Potere operaio, l’organisation opéraïste fondée par Oreste Scalzone et Toni Negri en 1969, puis de l’Autonomie ouvrière, et aujourd’hui directeur de recherche au CNRS-EHESS, également auteur de La révolte des Ciompi, présentera son livre « Années de rêves et de plomb : des grèves à la lutte armée en Italie (1968-1980) ».

Antonia Birnbaum – Le matérialisme d’une vie « en arrière d’elle-même »

 

Le cadre restreint de cette intervention: la naissance du « maoïsme » à même l’althussérisme, à l’Ecole normale supérieure d’Ulm. Il s’agit moins de recenser des groupements que les problématiques dont ils procèdent. Partant de l’échec du maoïsme, poser la question de ce qu’il y a encore d’intéressant – ou non – là-dedans.

Premier paradoxe : parmi ceux qui entendent fusionner anti-autoritarisme et lutte ouvrière après les évènements de 1968, les (ex‑)althussériens jouent un rôle important, alors même qu’ils avaient mis en jeu l’autorité d’un « savoir théorique » de l’oppression contre la teneur antiautoritaire des luttes de 1968, contre les pratiques latérales entre ouvriers et étudiants, contre les formes multiples et indisciplinées de la contestation, bref contre toutes les interrogations nouvelles des formes de lutte politique. Comment les pratiques réelles inaugurées alors naviguent entre ces deux énoncés supposés également maoïstes « Les ouvriers n’ont pas besoin de notre science, mais de notre révolte », « Les étudiants doivent se mettre au service du peuple ». Quel rapport au dogme qu’est la centralité de la classe ouvrière dans les luttes, quels déplacements appelle le déplacement de la focalisation sur les forces productives ( léninsime) vers le problème des rapports de division intellectuelle et manuelle ? Quid de l’auto-émancipation ?

Deuxième paradoxe: le rapport entre matérialité et conséquence, y compris au regard du concept d’universel. Il y a là deux logiques non pas nécessairement exclusives l’une de l’autre, mais néanmoins très problématiques à agencer.

1/Il y a d’abord le territoire investi par le « projet perpétuel » qui entend incarner la pensée : sa tension vers l’action, sa volonté de l’atteindre est telle que ses mots miment déjà le passage de l’autre côté. La conséquence consiste à « réaliser » la pensée dans la matérialité du monde, non pas à faire de la pensée la conséquence discontinue prise dans un processus matériel de division. Marx : il faut transformer le monde, non pas l’interpréter.

2/La direction contraire à cette vie projetée au bout de la phrase. C’est l’irruption d’une toute autre matérialité, d’un impensable dont procède « la vie en arrière d’elle-même », mis en exergue dans la psychanalyse, l’anthropologie, l’archéologie. Cet impensable de la vie fait de toute pensée le devenir de quelque chose qui ne pense pas, ou encore il branche la pensée sur ce qui de toute pensée est en-deça d’elle-même, dans les corps, les gestes, les choses. Marx : c’est le réel qui pousse à penser.

A ce titre, il est pertinent pour questionner l’incise maoïste, à savoir : quelles conséquences en politique de la récusation des divisions entre savoir manuel et intellectuel ?

Morgane Merteuil – Féminisme : théories, perspectives, ambitions – 24/11/2016

 

Il s’agira lors de cette séance de présenter tant les divers courants contemporains que les différents débats théoriques qui ont marqué les luttes des femmes depuis la 2nde moitié du 20ème siècle. Cette cartographie critique sera notamment l’occasion de revenir sur des tendances peu connues, ou des figures moins médiatisées (notamment : les féministes italiennes issues de l’opéraïsme ; les féministes marxistes contemporaines), afin d’y trouver des outils pour repenser, face aux enjeux contemporains, l’intégration du féminisme au cœur des luttes sociales, et de proposer ainsi des perspectives sur les formes de mobilisation féministe nécessaires aujourd’hui.